L'Au-delà de la traduction

Publié le par Lucie

Il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas dans Au-delà, le dernier film de M. Eastwood, et toutes ne sont pas, hélas, imputables à la traduction. Bien sûr je fais référence à la version originale, et spécifiquement aux dialogues en français de la trame française de ce film chorale entre Paris, Londres et San Francisco (parties qui, elles, sont en anglais sous-titré français). Sans en dévoiler trop ni vous imposer ma subjectivité, il y a dans ces dialogues français  —ceux mettant en scène Cécile de France— quelquechose de niais, de plat, quelquechose qui sonne faux. Assez pour que je ne le remarque pendant le film et que je ne l'impute sur le champ à un problème de traduction —conclusion à laquelle sont arrivées les amies avec qui j'étais (il est vrai qu'elles aussi sont traductrices, ceci explique peut-être cela). Les scènes qui se déroulent à Paris sont extrêmement bien documentées, et Eastwood a réellement fait un effort pour essayer de ne pas dresser un portrait cliché des Parisiens (un effort, mais qui se conclut quand même par un échec), bref, passons, je ne sais pas pourquoi les Américains n'arrivent pas à ne pas projeter leurs fantasmes sur nous, mais c'est un autre sujet (et, après tout, nous faisons pareil). Mais dans les scènes françaises et la scène suisse il y a cette façon qu'ont les personnages de se parler, comme dans un espèce de no man's land de l'implication personnelle, cette manière qu'ils ont de ne pas approfondir leur conversation, de sauter nonchalamment d'un sujet à l'autre...qui est vraiment atterrante. Et pourtant je n'ai pas pour habitude d'être aussi tatillonne, j'adore un bon nanar téléphoné de temps en temps, mais franchement, je suis en droit d'attendre autre chose de Clint Eastwood que des dialogues dignes du téléfilm de 14h de M6, non ? Je suis un peu dure, ce n'est pas que de la faute de la traduction: l'intrigue, la mise en scène et le sujet même sont tout aussi stériles (si, la réflexion sur le tabou politique de la near-death experience est intéressante). Mais cantonnons-nous à ces dialogues en français. À qui la faute alors ? Qui blâmer pour ce décalage qui gâche encore plus le film ? Cécile de France, ingénue et lisse à en mourir (je suis sûre qu'elle est géniale dans la vie, elle est magnifique certes, mais pitié) ? À moins que le réalisateur n'ait voulu ce décalage, mais franchement le film n'a pas ce niveau d'intellectualisation pour que ce soit une hypothèse crédible. Non, le fond du problème vient selon moi de celui ou celle qui a écrit les dialogues et/ou qui les a traduits. Je ne sais pas comment ils ont fait leur tambouille, si chaque trame narrative avait son propre scénariste et ses propres pigistes chargés de la rédaction des dialogues, ni si ceux-ci ont d'abord été rédigés en anglais puis traduits en français, ou s'ils ont été écrits en français dès le départ, selon des instructions données par M. Eastwood. Je sais juste que des fois la langue a beau être correcte syntaxiquement et orthographiquement, on ne peut pas dire la même chose de la même manière d'une langue à l'autre. Je me demandais du coup comment cela se passait pour la traduction des scénari, s'il y avait là un débouché autre pour les traductrices cinéphiles que le marché hyperbouché du sous-titrage. Quelqu'un sait ? Au final je me rends compte que ça me met en colère. Colère que personne de l'équipe française n'ait osé le faire remarquer, colère que quelqu'un ait touché une jolie somme pour la traduction sans vraiment le mériter, colère contre ce qui est donné à voir de notre culture. Et colère aussi contre Eastwood, dont je chéris Million Dollar Baby, mais qui, ce soir, m'a profondément décue.

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La Mirabelle 02/05/2011 17:29


Je te suggère de rejoindre notre discussion sur le sous-titrage !:

http://www.leblogdelamirabelle.net/38/la-guerre-des-etoiles-au-pays-du-sous-titrage/

Je trouve que sous-titrage et doublage souffrent d'un manque de moyen.
Résultat : de piètres sous-titres et le recrutement d'acteurs parfois très moyens (l'un d'entre eux, jouant le héros malgré lui du film, a sérieusement massacré la VF de la "Prisonnière espagnole")


Lucie 22/01/2011 11:20


J'y ai passé une bonne partie de la nuit (insomnies) et en fait je dirais que le film a été mal localisé, pour ainsi dire. Déjà, peut-être que le public américain est plus réceptif à ce thème de
l'au-delà, au pathos en général. Les français on est plus pragmatiques, plus goguenards face à tout ça. Concernant les dialogues français, oui ils sont plats, mais ya quand même un énorme problème
avec le scénario, comme tu le faisais remarquer Clew. Franchement, faire d'un gros ponte de France 2 un espèce de demeuré bêtement méchant c'était gonflé. Et puis les faire boire du champagne à
tout va, avoir des chauffeurs...pff. Vous avez-vu les malles de voyage de Marie ? Des espèces de grosses malles post-coloniales très tres fashion mais franchement incrédibles. On dirait une espèce
de Carrie Bradshaw revisitée, sauf que ce qui l'a fait kiffer c'est pas les derniers louboutins mais Miterrand. Et puis le truc de la pub du blackberry, franchement ! Comme si une journaliste
d'investigation ferait ça. Pour le coup en plus, ça faisait vraiment placement de produit à la Sex and the City. Ah et puis la scène où Marie tombe des nues d'apprendre que oui, d'autres personnes
ont vue une lumière blanche au moment où ils ont failli mourir, franchement mais c'est qui cette journaliste ? Sophie Davant ? Bref, j'arrête ça vaut pas la peine d'ergoter indéfiniment.


Clew 22/01/2011 09:21


Peter Morgan est le scénariste du film (des trois parties) mais je ne sais pas s'il a écrit la partie française en français ou en anglais... J'imagine en anglais. Cette partie du scénario a donc
bel et bien été traduite ?!