L'Amérique Latine sur le bout de la langue

Publié le par Lucie

French, then, yes ! English, at last.

Mon cerveau est une éponge. Il a tendance à imiter tout ce qu'il enregistre, et ce parfois sans que je m'en rende compte. Tout y passe : tics langagiers (voire physiques) ou encore façon de penser de personnes de mon entourage ou de personnages de livres, films ou séries... Il suffit d'un certain temps d'exposition pour que je me mette à les adopter. Imaginez donc dans quel état m'ont laissé les 23emes rencontres du cinéma d'Amérique Latine, quand au dimanche soir j'avais vu 10 films en huit jours (et encore, certains de mes amis ont flirté avec la trentaine de films). Et que des films en "Espagnol"! Le soir même alors que je me démaquillais, des bouts de phrases et d'histoires me venaient en tête en Mexicain, Colombien ou Argentin. Car c'est ce que j'ai préféré de ce festival : cet échantillon de languages à un instant T (ou I ?) dans cette péninsule géante qu'est l'Amérique Latine, appendice des USA et de nos sociétés "occidentales". Au final les histoires que l'on se raconte obéissent souvent au mêmes règles, tournent autour des mêmes thématiques universelles. Ce qui les rend particulières c'est la façon dont nous les racontons, et le premier vecteur de ce particularisme est bien entendu la langue. Et quelle claque j'ai pris, moi qui ne navigue quotidiennement "que" entre deux langues. Là, j'ai vu et entendu du Colombien —lent, patient, tendre et cher à mon coeur— avec Los Colores de la Montaña et l'interview de son réalisateur Arbeláez; du Mexicain, tour à tour cinglant et qui claque comme des "¡No mames, guey!" et autres "Pincho pendejo", véritables leitmotivs d'Asalto al cine, puis rusé, tortueux et insidieux comme l'intrigue d'Abel (un must see); ou encore du Chilien, avec la voix à la fois alarmiste et lyrique de Carmen Castillo dans Pour tout l'or des Andes et le regard cru mais proche et plein de compassion du très beau Perro Muerto; de l'Argentin qui sait tout aussi bien se faire chantant et égocentrique comme ses ancêtres italiens et leurs descendants porteños (habitants de Buenos Aires) en pleine crise existentielle dans Medianeras, ou âpre, intense —et sexy— comme Ricardo Darín dans Carancho. Et puis il y avait aussi le Cubain teinté d'intellectualisme new-yorkais de l'ovni cinématographique qu'est Memorias de desarollo (une espèce de collage littéral et métaphorique géant : c'était un peu comme regarder une vidéo bizarre dans un musée d'art contemporain, sauf que ça dure 1h52 et que vous êtes calé dans un vrai fauteuil. C'est complètement barré mais ça pose de vraies questions sur le sens de la révolution. Un bijou.). Ah, et il y avait aussi le Brésilien de As melhores coisas do mundo : une langue à laquelle je ne comprends pas grand chose et que je trouve toujours très rigolote, dans un film dont j'ai apprécié qu'il ne parlait ni de samba ni de favelas; sans oublier le physique impressionant des Indiens Quechuas de Bolivie dans Même la pluie. Encore une fois je remercie ma formation qui m'a offert l'occasion d'une rencontre, d'une confrontation —qui pour moi n'a pas qu'un sens négatif : je me suis confrontée à mes propres difficultés de langues, à mes préjugés, à des clichés, à des histoires nouvelles et des points de vue différents. J'ai été tour à tour surprise, dérangée, inchangée, enchantée ou dégoûtée, mais ce que je retiens c'est l'infinie diversité que prend la vie et qui toujours me fascine. En tout cas, tous ces films m'ont laissé avec un goût de revenez-y, une envie d'aller pointer mon nez du côté de l'Amérique Latine, avec ses paysages et ses personnages hors de proportion. Mais pour l'instant, dès samedi, à moi la jungle urbaine de Paris !

 

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It's time I explained to my English-speaking readers what is going on with that Cinémas-d'Amérique-Latine-thing I've been talking about in the last three articles, all of which I have been too lazy to translate. It's quite simple actually: with my class we had been subtitling a bunch of films for the 23rd edition of a festival dedicated to Cinema in Latin America, the Rencontres du Cinéma d'Amérique Latine, which takes place in Toulouse every year. Amongst the films we subtitled were two Mexican films (Asalto al cine and A tiro de piedra, both starring fascinating Gabino Rodríguez, which you need to be on the look-out for) and Lucía (Chile), Distancia (Uruguay), La Vida Util (Uruguay) and El Reino Animal (Colombia). Anyway, so we spent quite some time subtitling those films (and we also translated some of the interviews of the festival's participants, and I got to meet Colombian director Carlos César Arbeláez, which was the subject of the previous post — are you keeping up?) and then in retribution for our efforts we got the chance to see most of the films programmed during the festival —and without having to pay a penny! Films like Abel, Memorias de desarollo, A tiro de piedra or Perro muerto which I all found quite extraordinary. And what I'm getting at in French just above is that I truly had a great time, cramming 10 films in 8 days, and what I liked best was the way all those films showed me a different side of Latin America, of that great big and rather unknown continent —at least, for me— and that I loved how my brain started to assimilate and recreate bits of things and stories in Mexican, Colombian, Chilian or Argentinian. Yet again I'm thankful for having chosen a profession where I can constantly put into question my own knowledge in every field and language. It made me want to get on the next plane to La Paz or Rosario. But as of tomorrow, Paris is calling —well, right now, its 3.49 am, so actually my pillow is the next stop.

Pics : from left to right : Abel, Gabino Rodríguez in Toulouse, my "accréditation", Perro muerto, Tambien la lluvia (click on the picture for a link to the film)

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