Vocation traduction ?

Publié le par Lucie

Le CETIM reçoit actuellement la visite du directeur du service de traduction du Conseil de l'Europe, et la conférence de ce matin m'a mis le cerveau en ébullition. Il y a eu deux-trois moments où je me suis dit que ce point particulier ferait une super trame pour un article et/ou un débat. À un moment a été évoqué la possibilité d'une vocation de traducteur. C'est sûr que ce n'est pas le rêve de beaucoup d'enfants. D'une, ce n'est pas une profession très médiatisée, de deux le rapport temps passé/rémunération ne fait pas vraiment rêver. Du coup, beaucoup de gens arrivent dans la traduction «parce qu'ils aiment les langues et les voyages» et que, après LLCE Anglais, c'est ça ou prof (ou mcdo, mais c'est une autre histoire).

À cela s'ajoute, comme l'a fait remarquer une de nos professeurs (je ne mets pas de -e-, je trouve ça laid) , que peu de gens savent vraiment ce qu'est la traduction. Pour la majorité des gens (et nous en connaissons tous), on ouvre un dico (en plus aujourd'hui avec internet, c'est super facile !), on remplace les mots, et hop, on empoche les sous. Pour d'autres (un peu plus versés dans l'informatique), c'est relire et corriger google trad.

À mon grand désarroi, je bafouille toujours un peu quand, à une soirée, quelqu'un m'approche avec une question qui  en cache une autre et qui serait «mais, en gros, ok t'es traductrice, mais tu fais quoi dans la vie?».

Comment expliquer notre belle profession, c'est le sujet d'un autre débat (l'éducation du client, sachez-le amis non-traducteurs, représente une part conséquente du métier de traducteur). Pour ma part, oui, je l'avoue, je suis arrivée dans la traduction parce qu'après un M1 recherche LLCE Anglais (et surtout un an à Bordeaux 3 où j'ai vite compris que si je restais, j'allais y rester), je ne voulais pas faire un M2 recherche puis passer les concours de l'enseignement. Prof, c'était pas pour moi. Et la traduction, je me suis dit naïvement, j'étais née dedans. Et puis j'ai toujours aimé le jeu de la traduction, pour moi (en tout cas en Anglais) c'est comme rechercher dans une langue apprise il y a longtemps, puiser dans quelque chose d'acquis je ne sais pas trop comment.

Enfin bref, je ne suis pas arrivée au Cetim en me disant «j'ai toujours voulu être traductrice». Pour la simple et bonne raison que je ne savais pas ce qu'était une traductrice (mais déjà à l'époque, je savais que le stress des cabines d'interprètes en simultanée, c'était très peu pour moi, au grand dam de mon grand-père maternel). Par contre, avec le recul, c'est un choix que je sais que je n'ai pas fait par hasard. J'ai toujours aimé les différentes cultures et les langues qui vont avec, parce que c'est déjà une façon de se frotter à un autre code, une autre façon de voir le monde. Quoi de plus enrichissant que cette confrontation quotidienne, quoi de plus beau que cette profession qui fait le lien, qui assure la communication ?

Bon, trêve d'envolée lyrique. Et vous alors, pensez-vous qu'il peut exister une véritable vocation de traduction ? Traducteurs, comment êtes-vous arrivés ici ? Non-traducteurs, vous m'avez lu jusqu'à la fin, merci.

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Lucie 13/01/2011 09:28


Décidément, j'ai des amis brillants. Peter, je suis d'accord : l'idée d'une vocation, d'un destin, ça m'a toujours fait flipper.


Pierre LC 13/01/2011 05:47


Bel article Lucie. Les hésitations que tu présentes me rappellent vaguement quelque chose… Bordeaux 3 aussi, LLCE aussi, mais italien. (Tout ça parce que ma famille ne vient pas de la même île que
la tienne.)
Formation choisie sans vraiment penser aux débouchés, juste parce que j'étais attiré par le contenu. Je n'avais jamais vraiment traduit avant d'entrer à la fac, je parlais français aux Français et
italien aux Siciliens mais les interactions entre les deux langues étaient rares. Les autres langues que j'étudiais ne sortaient que rarement du cadre scolaire.
La traduction est donc arrivée dans mon quotidien par le biais d'auteurs classiques italiens. Beaux textes, une semaine de délai pour trois pages, de quoi en tenter plus d'un… Dont moi ! C'est donc
décidé, l'année de M1 en Italie sera consacrée à la traduction, je vais la passer en compagnie d'auteurs célèbres en réfléchissant plusieurs heures sur le même paragraphe.
En réalité ce fut "bonjour, tu allumes cet ordinateur et tu as deux heures pour traduire le mode d'emploi d'un robot nettoyeur pour cuves inox". Beau décalage entre la fac et la réalité, mais même
dans le cas de textes aussi rebutants, ce jeu/mécanisme me plait. Il offre en prime la possibilité de rester au contact de plusieurs langues sans passer par la case prof (débouché principal du
LLCE, et pas plus dans mes projets que dans les tiens).
L'idée est tentante, seulement l'italien risque de ne pas suffire. C'est donc le moment de dépoussiérer l'anglais et l'allemand, de préférence dans un contexte un peu plus contemporain que le LLCE…
d'où mon passage au CETIM !
J'aurais du mal à parler d'une révélation, je ne me suis pas réveillé un jour en pensant que je serais traducteur ou rien. Ce serait plutôt une sorte de confirmation ; plus je traduisais et plus je
trouvais que la traduction me permettait de faire coïncider ce dont je suis capable et ce qui me plait. Je persiste, d'ailleurs.
La vocation existe peut-être, mais j'ai du mal à l'envisager comme un aspect positif. Pour moi, se considérer comme un "traducteur-né" revient à se mettre tout seul une pression supplémentaire : en
cas de doute, l'absence d'alternative doit être assez angoissante, non ?


Laura Karayotov 12/01/2011 17:51


Ah oui, le fameux regard condescendant lorsque j'ai expliqué que mon mémoire de M2 consistait à traduire 100 pages d'un bouquin en anglais. "trop facile", franchement, par rapport à un mémoire
recherche où tu te tapes une bibliographie de malade... Z'ont rien compris les gens, merci Google effectivement. Même si ma vocation de traductrice n'en était pas vraiment une, j'ai réellement pu
embrasser toutes les exigences du métier et ça correspondait à cette volonté de cumuler les différentes origines et langues qui ont sillonné ma p'tite vie (et éviter de devenir prof, j'avoue).