La traduction théâtrale

      Le Cetim propose un module de traduction théâtrale dans le cadre duquel nous avons traduit une pièce de la dramaturge andalouse Gracia Morales. Un horizonte amarillo en los ojos est pour moi le monologue d'un viel homme rendu fou par la solitude dans un paysage que l'on imagine post-apocalyptique. Au cours de tout un semestre nous avons travaillé à produire une traduction aussi riche en interprétations que ne l'était l'original. Ce fut un travail passionant puisque nous travaillions en parallèle avec le comédien qui allait jouer le monologue, Mathieu Pouget, directeur de la compagnie Les Anachroniques .

Après plusieurs semaines passées à harmoniser le travail des différentes équipes de traduction, cela donnait des séances de filage où Mathieu nous jouait le texte en nous disant laquelle de telle ou telle proposition de traduction «passait mieux en bouche». Un moment de détente pour des étudiants aux rétines brûlées par les écrans d'ordinateur et assourdis par le vombrissement des unités centrales. Mais ce fut  également l'occasion d'une véritable réflexion sur la place du traducteur dans le processus de création.

La pièce fut finalement joué par Mathieu dans la toute nouvelle Fabrique, siège du CIAM, Centre d'Initiative Artistiques de l'Université de Toulouse II Le Mirail.

Le module était validé entre autres par la rédaction par chaque étudiant d'un Commentaire de traduction ayant pour point de départ une citation prise dans une liste proposée par le professeur. J'aimerais être l'auteure de celle que j'ai décortiquée, mais il n'en est rien. La voici :

 

  • «Un texte de Shakespeare, c'est d'abord un texte écrit pour des bouches, pour des poitrines, pour des souffles. Le traduire pour la scène invite à écrire une langue orale et gestuelle, musclée et vive, susceptible d'offrir au comédien de notre temps un instrument de jeu vigoureux et précis. Il faut prendre en compte la demande concrète de l'acteur, faire en  sorte que la texture des mots puisse être soutenue par le geste du corps et l'inflexion de la voix… Le traducteur est le premier interprète de l'œuvre –plus d'ailleurs au sens musical qu'au sens herméneutique–, mais il n'en est ni le metteur en scène ni le critique. Il livre un tissage de son et de sens, une partition sonore. Aux acteurs de la faire vivre.»

                               Jean-Michel Déprats : «Traduire Shakespeare, La lettre de la Pléiade n°12

 

 

On se sent fiers, amis traducteurs ?